"Pour Léonid Miller, informaticien célibataire, la vie semble souvent n'être qu'un rêve. Les personnages de fiction des comédies américaines qu'il dévore quotidiennement à la cinémathèque, lui apparaissent comme une présence bien plus dense et profonde que celle de la plupart des gens qu'il côtoie. Que la sienne en tout cas. Comme s'il traversait la vie sans que personne ne s'aperçoive de son existence. Mais il découvre bientôt qu'on ne peut se détourner impunément de la réalité. C'est ainsi qu'il se retrouve, comme par magie, dépossédé de sa matérialité physique. Condamné comme un fantôme, à demeurer l'éternel spectateur qu'il était déjà. Alors qu'il s'est réfugié à la cinémathèque, il tombe sous le charme d'une jeune comédienne, Françoise Angelli, venue y présenter La garçonnière de Billy Wilder. Une femme qui n'existe que par ses rôles et qui pourrait être frappée par le même mal que lui. Léonid décide de lui venir en aide. Une fable contemporaine sur la solitude, la cinéphilie et l'univers du cinéma." Futuropolis
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samedi 2 août 2014
L'homme qui n'existait pas
"Pour Léonid Miller, informaticien célibataire, la vie semble souvent n'être qu'un rêve. Les personnages de fiction des comédies américaines qu'il dévore quotidiennement à la cinémathèque, lui apparaissent comme une présence bien plus dense et profonde que celle de la plupart des gens qu'il côtoie. Que la sienne en tout cas. Comme s'il traversait la vie sans que personne ne s'aperçoive de son existence. Mais il découvre bientôt qu'on ne peut se détourner impunément de la réalité. C'est ainsi qu'il se retrouve, comme par magie, dépossédé de sa matérialité physique. Condamné comme un fantôme, à demeurer l'éternel spectateur qu'il était déjà. Alors qu'il s'est réfugié à la cinémathèque, il tombe sous le charme d'une jeune comédienne, Françoise Angelli, venue y présenter La garçonnière de Billy Wilder. Une femme qui n'existe que par ses rôles et qui pourrait être frappée par le même mal que lui. Léonid décide de lui venir en aide. Une fable contemporaine sur la solitude, la cinéphilie et l'univers du cinéma." Futuropolis
dimanche 20 avril 2014
Demain, j'arrête
Juste et touchant. Un livre tour à tour émouvant et drôle. On sourit, on rit même en suivant les pensées de Julie. Un gros coup de coeur pour ce livre optimiste qui laisse le sourire aux lèvres !
Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides. Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier...
Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons- nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?
Avec cette première comédie, Gilles Legardinier, déjà remarqué pour ses deux thrillers L'exil des Anges et Nous étions les hommes, révèle une nouvelle facette d'une imagination qui n'a pas fini de surprendre. Drôle, percutant, terriblement touchant, son nouveau roman confirme ce que tous ceux qui ont lu un de ses livres savent déjà : Gilles a le don de raconter des histoires originales qui nous entraînent ailleurs tout en fraisant résonner notre nature la plus intime. Voici un livre qui fait du bien !
Gilles Legardinier
1) Qui êtes-vous ? !
Un homme qui écrit pour emporter les gens là où ils n'ont pas forcément prévu d'aller et où, je l'espère, ils seront bien. Mais je ne suis pas encore très connu. Je suis donc un conteur à zéro.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait dans votre vie ? Et pour qui ? C'est fou ce que révèlent les réponses à ces questions.
Dans mon roman, Julie donne ses réponses et c'est une vie que l'on découvre...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«On nous ment. Si cette vie ne sert pas à tout ressentir, à tout éprouver, alors elle n'est qu'un piège. Je vais le faire !»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Du Debussy, avec en fond les rires et les confidences d'une bande d'amis qui s'aiment. Et il manquerait les regards.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir d'être vivant, avec l'espoir de se rencontrer un jour au détour d'un monde qui nous ressemblera.
Extrait
Vous avez déjà rencontré des gens qui font une fête pour leur divorce ? Moi, oui. D'habitude, ce sont plutôt les futurs mariés qui s'amusent. On les entend klaxonner le samedi quand ils roulent en cortège vers la mairie, on les croise la veille en bandes, dans les rues, habillés en clown ou quasi nus. À grand renfort de trompettes et de tambourins, ils exhibent aux badauds ternes leur joie d'enterrer leur vie de jeunes célibataires - parfois à plus de trente-cinq ans... Mais moins d'un an plus tard, quand les 19 % des statistiques se séparent, plus personne ne lance de confettis. Eh bien Jérôme, si.
Je n'ai pas assisté à ses deux premiers mariages, mais j'étais présente au troisième. Trois mariages et trois divorces à trente-deux ans, ça interpelle. Le proverbe dit : «A ton deuxième naufrage, n'accuse pas la mer.» La sagesse populaire ne s'est pas aventurée jusqu'au troisième.
De vous à moi, je trouve sa fête de divorce bien plus sympa que ses noces. Plus question de frime, plus de codes sociaux, adieu les passages obligés, envolée la robe dans laquelle on étouffe, rangés les escarpins hauts comme des falaises qui peuvent vous tuer si vous trébuchez, plus de quête pour la réfection de l'église, pas de menu avec des plats qui se la racontent dans des sauces indigérables, et plus aucune blague débile de son oncle Gérard - qui d'ailleurs n'est pas invité. Simplement des gens avec qui il a de vrais liens et à qui il a eu l'honnêteté de dire : «C'est encore loupé mais je tiens à vous.» Je crois que même sa première femme est là.
Et c'est ainsi que je me retrouve, un samedi soir d'octobre, dans un bel appartement bondé, au milieu de gens qui s'amusent vraiment grâce à Jérôme. Il est encore tôt, on sourit, on échange au hasard, et tout le monde parle de ce qu'il a raté, de ce qu'il regrette, dans une ambiance assez surréaliste mais légère. On se croirait aux «Foireux anonymes». C'est Jérôme qui a ouvert le bal :
- Merci à tous d'être là. Il n'y a rien à célébrer sinon le plaisir que j'ai de vous connaître. Chacun de vous fait partie de ma vie. Je préfère préciser immédiatement que les cadeaux que vous aviez généreusement offerts - enfin surtout pour certains - ne seront pas remboursés. Ce soir, je n'ai plus de beau costume, je ne compte plus sur vous pour financer mon voyage de noces, je n'ai d'ailleurs même plus de femme. Par une perversion dont je ne me savais pas capable, je me demande si ce divorce d'avec Marie n'était pas uniquement motivé par l'envie de cette soirée avec vous. Alors j'assume tout. Je vous fais le cadeau d'être le pire, d'être la référence par le bas, d'être le trente-septième dessous. Si un jour vous vous sentez minable, si vous culpabilisez sur vos échecs et que vous vous en voulez, pensez à moi et j'espère sincèrement que vous irez mieux.
jeudi 17 avril 2014
Tamara Drew
Avec son nez refait, ses jambes interminables, ses airs de princesse sexy, son job dans la presse de caniveau, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les cœurs, Tamara Drewe est l'Amazone urbaine du XXIe siècle. Son retour à la campagne, dans le village où a vécu sa mère, est un choc pour la petite communauté qui y prospère en paix. Hommes et femmes, bobos et ruraux, auteur à gros tirage, universitaire frustré, rock star au rancart, fils du pays, teenagers locales gavées de people, tous et toutes sont attirés par Tamara, dont la beauté pyromane, les liaisons dangereuses et les divagations amoureuses éveillent d'obscures passions et provoquent un enchaînement de circonstances aboutissant à une tragédie à la Posy Simmonds, c'est-à-dire à la fois poignante et absurde.
Librement inspiré du roman de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée, un portrait à charge délicieusement cruel et ironique de l'Angleterre d'aujourd'hui. (Denoël)
- Simmonds, Posy
- Simmonds, Posy
- Achev. impr. : 09/2008
- Denoël
- Denoël Graphic
- 978-2-207-26043-2
mercredi 19 mars 2014
Virginia Woolf
Angela Davis, Françoise Dolto, Frida Kahlo, Agatha Christie, Aliénor d’Aquitaine, Aung San Suu Kyi ou Virginia Woolf, ces figures de femmes sont toutes plus ou moins présentes à nos esprits tant la force de leur talent, de leur détermination, de leur engagement ou/et de leur oeuvre demeure exemplaire. C’est en s’attachant à ce que furent leurs enfances que cette collection « Grands destins de femmes » se propose de mieux comprendre comment elles sont devenues celles que l’on connaît.
Virginia Woolf est, comme chacun sait, un écrivain essentiel du Xxe siècle qui, par son oeuvre et le flux de voix intérieure qui caractérise son écriture, a été déterminante dans l’évolution du roman moderne. Dans ses romans comme dans ses journaux et correspondances, il est clair que les impressions et sensations d’enfance, qu’elles soient conscientes ou affleurant par réminiscences, ont été le socle et la matière de son travail d’écriture. Le texte de Michèle Gazier et les planches de Bernard Ciccolini reviennent sur des éléments forts et essentiels dans la construction de la personnalité et de la psyché de la petite Virginia Stephen, avant qu’elle ne devienne Virginia Woolf. Son enfance est en effet jalonnée de deuils et de traumatismes qui l’ont à jamais marquée et rendue particulièrement sensible et fragile.
jeudi 16 janvier 2014
Et puis Paulette
samedi 27 avril 2013
L'écume des jours
Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. Dans cette œuvre d’une modernité insolente, livre culte depuis plus de cinquante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d’un nénuphar, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir.
Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des Noirs américains…
La poésie du conte, son imaginaire débordant enchante ... jusqu’à ce que l'univers merveilleux et fantastique dévoile son coté macabre ... et là, on mesure la portée du roman de Boris Vian : satire de la sociéte, dénonciation du monde du travail qui transforme les hommes en machines, critique du culte de personnalité ... L'amour quant à lui semble vide... Il est une occupation, une chose à connaître, une sensation que l'on veut ressentir... La personne à aimer n'a pas d'importance, c'est se dire amoureux qui met en exaltation de joie...
Il est communément admis que Vian a piqué l’idée du pianocoktail chez Huysman, lequel, selon toute vraisemblance, s’était inspiré de « l’orgue des saveurs » de l’abbé Poncelet, qui construisit, dans les années 1830, le premier de ces instruments.
Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des Noirs américains…
RECTO l'univers merveilleux et fantastique EXTRAIT :
« - Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianococktail est achevé, tu pourrais l’essayer.
- Il marche ? demanda Chick.
- Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir, de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant.
- Quel est ton principe ? demanda Chick.
- A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Selbtz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde le quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.
- C’est compliqué, dit Chick.
- Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.
- C’est merveilleux ! dit Chick.
- Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsqu’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelettes dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave.
- Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible.
-Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le règlerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer.
- Il marche ? demanda Chick.
- Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu, à partir, de la Black and Tan Fantasy, un mélange vraiment ahurissant.
- Quel est ton principe ? demanda Chick.
- A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. Pour l’eau de Selbtz, il faut un trille dans le registre aigu. Les quantités sont en raison directe de la durée : à la quadruple croche équivaut le seizième d’unité, à la noire l’unité, à la ronde le quadruple unité. Lorsque l’on joue un air lent, un système de registre est mis en action, de façon que la dose ne soit pas augmentée – ce qui donnerait un cocktail trop abondant – mais la teneur en alcool. Et, suivant la durée de l’air, on peut, si l’on veut, faire varier la valeur de l’unité, la réduisant, par exemple au centième, pour pouvoir obtenir une boisson tenant compte de toutes les harmonies au moyen d’un réglage latéral.
- C’est compliqué, dit Chick.
- Le tout est commandé par des contacts électriques et des relais. Je ne te donne pas de détails, tu connais ça. Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.
- C’est merveilleux ! dit Chick.
- Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsqu’on joue un morceau trop « hot », il tombe des morceaux d’omelettes dans le cocktail, et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement, il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave.
- Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ça va être terrible.
-Il est encore dans le débarras dont je me suis fait un atelier, dit Colin, parce que les plaques de protection ne sont pas vissées. Viens, on va y aller. Je le règlerai pour deux cocktails de vingt centilitres environ, pour commencer.
Chick se mit au piano. A la fin de l’air, une partie du panneau de devant se rabattit d’un coup sec et une rangée de verres apparut. Deux d’entre eux étaient pleins à ras bord d’une mixture appétissante.
- J’ai eu peur, dit Colin. Un moment, tu as fait une fausse note. Heureusement, c’était dans l’harmonie.
- Ça tient compte de l’harmonie ? dit Chick.
- Pas pour tout, dit Colin. Ce serait trop compliqué. Il y a quelques servitudes seulement. Bois et viens à table. »
Un pianocktail :
création de Géraldine Schenkel- J’ai eu peur, dit Colin. Un moment, tu as fait une fausse note. Heureusement, c’était dans l’harmonie.
- Ça tient compte de l’harmonie ? dit Chick.
- Pas pour tout, dit Colin. Ce serait trop compliqué. Il y a quelques servitudes seulement. Bois et viens à table. »
Un pianocktail :
Il est communément admis que Vian a piqué l’idée du pianocoktail chez Huysman, lequel, selon toute vraisemblance, s’était inspiré de « l’orgue des saveurs » de l’abbé Poncelet, qui construisit, dans les années 1830, le premier de ces instruments.
CLIC Pour de vrai !
VERSO un monde macabre et cruel ... EXTRAIT :
Chick passa la poterne de contrôle et donna sa carte à pointer à la machine. Comme d'habitude, il trébucha sur le seuil de la porte métallique du passage d'accès aux ateliers et une bouffée de vapeur et de fumée noire le frappa violemment à la face. Les bruits commençaient à lui parvenir : sourd vrombissement des turboalternateurs généraux, chuintement des ponts roulants sur les poutrelles entrecroisées, vacarme des vents violents, de l'atmosphère se ruant sur les tôles de la toiture. Le passage était très sombre, éclairé tous les six mètres, par une ampoule rougeâtre, dont la lumière ruisselait paresseusement sur les objets lisses, s'accrochant, pour les contourner, aux rugosités des parois et du sol. Sous ses pieds, la tôle bosselée était chaude, crevée par endroits, et l'on apercevait, par les trous, la gueule rouge et sombre des fours de pierre tout en bas. Les fluides passaient en ronflant dans de gros tuyaux peints en gris et rouge, au-dessus de sa tête, et, à chaque pulsation du coeur mécanique que les chauffeurs mettaient sous pression, la charpente s'infléchissait légèrement vers l'avant avec un faible retard et une vibration profonde. Des gouttes se formaient sur la paroi, se détachant parfois lors d'une pulsation plus forte, et, quand une de ces gouttes lui tombait sur le cou, Chick frissonnait. C'était une eau terne et qui sentait l'ozone. Le passage tournait tout au bout, et le sol, maintenant, à claire-voie, dominait les ateliers. En bas, devant chaque machine trapue, un homme se débattait, luttant pour ne pas être déchiqueté par les engrenages avides. Au pied droit de chacune, un lourd anneau de fer était fixé. On ne l'ouvrait que deux fois par jour : au milieu de la journée et le soir. Ils disputaient aux machines les pièces métalliques qui sortaient en cliquetant des étroits orifices ménagés sur le dessus. Les pièces retombaient presque immédiatement, si on ne les recueillait pas à temps, dans la gueule, grouillante de rouages, où s'effectuait la synthèse. Il y avait des appareils de toutes les tailles. Chick connaissait bien ce spectacle. Il travaillait au bout de l'un de ces ateliers et devait contrôler la bonne marche des machines et donner aux hommes des indications pour les remettre en état lorsqu'elles s'arrêtaient après leur avoir arraché un morceau de chair. Pour purifier l'atmosphère, de longs jets d'essence traversaient obliquement la pièce, luisants de reflets, par places, et condensant autour d'eux les fumées et les poussières de métal et d'huile chaude qui montaient en colonnes droites et minces au-dessus de chaque machine. Chick releva la tête. Les tuyaux le suivaient toujours. Il arriva à la cage de la plate-forme de descente, entra et referma la porte derrière-lui. Il tira de sa poche un livre de Partre, pressa le bouton de commande et se mit à lire en attendant d'atteindre le sol. Le choc sourd de la plate-forme sur le butoir le tira de sa torpeur. Il sortit et gagna son bureau, une boîte vitrée et faiblement éclairée d'où il pouvait surveiller les ateliers. Il s'assit, rouvrit son livre et reprit sa lecture, endormi par la pulsation des fluides et les rumeurs des machines. Une discordance dans le vacarme lui fit soudain lever les yeux. Il chercha d'où provenait le bruit suspect. Une des jets de purification venait de s'arrêter net au milieu de la salle et restait en l'air comme tranché en deux. Les quatre machines qu'il avait cessé de desservir, trépidaient. On les voyait remuer à distance, et, devant chacune d'elles, une forme s'affaissait peu à peu. Chick posa son livre et se rua au-dehors. Il courut vers le tableau de manoeuvre des jets et baissa rapidement une poignée. Le jet brisé restait immobile. On eût dit une lame de faux et les fumées de quatre machines montaient en l'air en tourbillonnant. Il abandonna le tableau et se précipita vers les machines. Elles s'arrêtaient lentement. Les hommes qui y étaient affectés gisaient à terre. Leur jambe droite repliée formait un angle bizarre, à cause de l'anneau de fer et leurs quatre mains droites étaient sectionnées au poignet. Le sang brûlait au contact du métal de la chaîne et répandait dans l'air une odeur horrible de bête vivante carbonisée. Chick, au moyen de sa clef, défit les anneaux qui retenaient les corps et étendit ceux-ci devant les machines. Il regagna son bureau, et commanda, par téléphone, les brancardiers de service. Il revint ensuite près du tableau de manoeuvre et tenta de remettre le jet en marche. Rien n'y faisait. Le liquide partait bien droit, mais, arrivé au niveau de la quatrième machine, disparaissait sur place, et l'on apercevait la tranche du jet, aussi nette que s'il eût été sectionné d'un coup de hache. Tâtant, avec ennui, son livre dans sa poche, il se dirigea vers le Bureau Central. Au moment de quitter l'atelier, il s'effaça pour laisser sortir les brancardiers qui avaient empilé les quatre corps sur un petit chariot électrique et s'apprêtaient à la déverser dans le Collecteur Général.
Pour finir, CLIC une analyse singulière
VERSO un monde macabre et cruel ... EXTRAIT :
Chick passa la poterne de contrôle et donna sa carte à pointer à la machine. Comme d'habitude, il trébucha sur le seuil de la porte métallique du passage d'accès aux ateliers et une bouffée de vapeur et de fumée noire le frappa violemment à la face. Les bruits commençaient à lui parvenir : sourd vrombissement des turboalternateurs généraux, chuintement des ponts roulants sur les poutrelles entrecroisées, vacarme des vents violents, de l'atmosphère se ruant sur les tôles de la toiture. Le passage était très sombre, éclairé tous les six mètres, par une ampoule rougeâtre, dont la lumière ruisselait paresseusement sur les objets lisses, s'accrochant, pour les contourner, aux rugosités des parois et du sol. Sous ses pieds, la tôle bosselée était chaude, crevée par endroits, et l'on apercevait, par les trous, la gueule rouge et sombre des fours de pierre tout en bas. Les fluides passaient en ronflant dans de gros tuyaux peints en gris et rouge, au-dessus de sa tête, et, à chaque pulsation du coeur mécanique que les chauffeurs mettaient sous pression, la charpente s'infléchissait légèrement vers l'avant avec un faible retard et une vibration profonde. Des gouttes se formaient sur la paroi, se détachant parfois lors d'une pulsation plus forte, et, quand une de ces gouttes lui tombait sur le cou, Chick frissonnait. C'était une eau terne et qui sentait l'ozone. Le passage tournait tout au bout, et le sol, maintenant, à claire-voie, dominait les ateliers. En bas, devant chaque machine trapue, un homme se débattait, luttant pour ne pas être déchiqueté par les engrenages avides. Au pied droit de chacune, un lourd anneau de fer était fixé. On ne l'ouvrait que deux fois par jour : au milieu de la journée et le soir. Ils disputaient aux machines les pièces métalliques qui sortaient en cliquetant des étroits orifices ménagés sur le dessus. Les pièces retombaient presque immédiatement, si on ne les recueillait pas à temps, dans la gueule, grouillante de rouages, où s'effectuait la synthèse. Il y avait des appareils de toutes les tailles. Chick connaissait bien ce spectacle. Il travaillait au bout de l'un de ces ateliers et devait contrôler la bonne marche des machines et donner aux hommes des indications pour les remettre en état lorsqu'elles s'arrêtaient après leur avoir arraché un morceau de chair. Pour purifier l'atmosphère, de longs jets d'essence traversaient obliquement la pièce, luisants de reflets, par places, et condensant autour d'eux les fumées et les poussières de métal et d'huile chaude qui montaient en colonnes droites et minces au-dessus de chaque machine. Chick releva la tête. Les tuyaux le suivaient toujours. Il arriva à la cage de la plate-forme de descente, entra et referma la porte derrière-lui. Il tira de sa poche un livre de Partre, pressa le bouton de commande et se mit à lire en attendant d'atteindre le sol. Le choc sourd de la plate-forme sur le butoir le tira de sa torpeur. Il sortit et gagna son bureau, une boîte vitrée et faiblement éclairée d'où il pouvait surveiller les ateliers. Il s'assit, rouvrit son livre et reprit sa lecture, endormi par la pulsation des fluides et les rumeurs des machines. Une discordance dans le vacarme lui fit soudain lever les yeux. Il chercha d'où provenait le bruit suspect. Une des jets de purification venait de s'arrêter net au milieu de la salle et restait en l'air comme tranché en deux. Les quatre machines qu'il avait cessé de desservir, trépidaient. On les voyait remuer à distance, et, devant chacune d'elles, une forme s'affaissait peu à peu. Chick posa son livre et se rua au-dehors. Il courut vers le tableau de manoeuvre des jets et baissa rapidement une poignée. Le jet brisé restait immobile. On eût dit une lame de faux et les fumées de quatre machines montaient en l'air en tourbillonnant. Il abandonna le tableau et se précipita vers les machines. Elles s'arrêtaient lentement. Les hommes qui y étaient affectés gisaient à terre. Leur jambe droite repliée formait un angle bizarre, à cause de l'anneau de fer et leurs quatre mains droites étaient sectionnées au poignet. Le sang brûlait au contact du métal de la chaîne et répandait dans l'air une odeur horrible de bête vivante carbonisée. Chick, au moyen de sa clef, défit les anneaux qui retenaient les corps et étendit ceux-ci devant les machines. Il regagna son bureau, et commanda, par téléphone, les brancardiers de service. Il revint ensuite près du tableau de manoeuvre et tenta de remettre le jet en marche. Rien n'y faisait. Le liquide partait bien droit, mais, arrivé au niveau de la quatrième machine, disparaissait sur place, et l'on apercevait la tranche du jet, aussi nette que s'il eût été sectionné d'un coup de hache. Tâtant, avec ennui, son livre dans sa poche, il se dirigea vers le Bureau Central. Au moment de quitter l'atelier, il s'effaça pour laisser sortir les brancardiers qui avaient empilé les quatre corps sur un petit chariot électrique et s'apprêtaient à la déverser dans le Collecteur Général.
Pour finir, CLIC une analyse singulière
lundi 18 mars 2013
L'embellie
C'est la belle histoire d'une femme libre et d'un enfant prêté, le temps d'une équipée hivernale autour de l'Islande.
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l'Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante, entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l'on se glisse dans l'Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d'exultation complice qui ne nous quitte plus.
Il y a chez la grande romancière islandaise - dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida - un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s'y attachent, que l'on cède volontiers à son humour fantasque, d'une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime. Vrai bain de jouvence littéraire, ses romans ressemblent à la vie.
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l'Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante, entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l'on se glisse dans l'Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d'exultation complice qui ne nous quitte plus.
Il y a chez la grande romancière islandaise - dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida - un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s'y attachent, que l'on cède volontiers à son humour fantasque, d'une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime. Vrai bain de jouvence littéraire, ses romans ressemblent à la vie.
EXTRAIT :
Quand je regarde en arrière, sans vraiment respecter à cent pour cent la chronologie, nous sommes là, serrés l'un contre l'autre, au milieu de la photo. Je le tiens par les épaules et il m'attrape quelque part, plus bas par la force des choses ; une mèche châtain foncé barre mon front très pâle ; il affiche un grand sourire et tient quelque chose dans son poing tendu.
Ses oreilles décollent un peu de sa grosse tête, ses prothèses auditives, curieusement démodées, ressemblent à des récepteurs pour ondes radio intersidérales. Et ses yeux démesurément agrandis par ses verres de lunettes lui donnent un look très spécial. D'ailleurs les gens dans la rue se retournent sur notre passage ; ils considèrent le petit, puis après m'avoir brièvement dévisagée, ne le lâchent plus du regard, tandis que nous traversons le terrain de jeux, la main dans la main, jusqu'à ce que je referme la grille de fer derrière lui. Quand je l'aide à grimper dans le siège pour enfant et que je boucle sa ceinture de sécurité, je constate qu'on nous observe encore depuis les autres voitures.
Dans le fond de la photo, on voit mon ancienne voiture, à boîte de vitesses manuelle. Les trois poissons rouges flottent dans le coffre - il n'en sait rien encore - sur le sac de couchage bleu pour deux personnes qui s'est mué en éponge. Je ne tarderai pas à acheter deux édredons neufs à la Coopérative car il ne convient pas qu'une femme de trente-trois ans partage son sac de couchage avec un garçonnet qui ne lui est rien - ça ne se fait pas. Un tel achat ne devrait pas poser problème car la boîte à gants déborde de billets tout frais sortis de la banque. Aucun méfait n'a pourtant été commis, à moins que ça n'en soit un que de coucher avec trois hommes sur une distance de trois cents kilomètres de route circulaire, non asphaltée pour l'essentiel, là où la bande côtière est la plus étroite entre le glacier et la grève et où abondent les ponts à voie unique.
Rien ne se présente comme à l'accoutumée, en cet ultime jour de novembre - un jour ténébreux sur l'île ; nous portons tous les deux un pull-over, le mien est blanc à col roulé, le sien est neuf vert menthe, tricoté main, avec un motif à torsades et une capuche. La température est comparable à celle de Lisbonne le jour précédent, à ce que dit la radio, et l'on prévoit encore de la pluie et un réchauffement. C'est pourquoi une femme seule avec enfant ne devrait pas se trouver sans raison valable sur les routes, dans des zones sombres et inhabitées, et encore moins au voisinage de ponts à voie unique, les routes étant souvent inondées.
Ses oreilles décollent un peu de sa grosse tête, ses prothèses auditives, curieusement démodées, ressemblent à des récepteurs pour ondes radio intersidérales. Et ses yeux démesurément agrandis par ses verres de lunettes lui donnent un look très spécial. D'ailleurs les gens dans la rue se retournent sur notre passage ; ils considèrent le petit, puis après m'avoir brièvement dévisagée, ne le lâchent plus du regard, tandis que nous traversons le terrain de jeux, la main dans la main, jusqu'à ce que je referme la grille de fer derrière lui. Quand je l'aide à grimper dans le siège pour enfant et que je boucle sa ceinture de sécurité, je constate qu'on nous observe encore depuis les autres voitures.
Dans le fond de la photo, on voit mon ancienne voiture, à boîte de vitesses manuelle. Les trois poissons rouges flottent dans le coffre - il n'en sait rien encore - sur le sac de couchage bleu pour deux personnes qui s'est mué en éponge. Je ne tarderai pas à acheter deux édredons neufs à la Coopérative car il ne convient pas qu'une femme de trente-trois ans partage son sac de couchage avec un garçonnet qui ne lui est rien - ça ne se fait pas. Un tel achat ne devrait pas poser problème car la boîte à gants déborde de billets tout frais sortis de la banque. Aucun méfait n'a pourtant été commis, à moins que ça n'en soit un que de coucher avec trois hommes sur une distance de trois cents kilomètres de route circulaire, non asphaltée pour l'essentiel, là où la bande côtière est la plus étroite entre le glacier et la grève et où abondent les ponts à voie unique.
Rien ne se présente comme à l'accoutumée, en cet ultime jour de novembre - un jour ténébreux sur l'île ; nous portons tous les deux un pull-over, le mien est blanc à col roulé, le sien est neuf vert menthe, tricoté main, avec un motif à torsades et une capuche. La température est comparable à celle de Lisbonne le jour précédent, à ce que dit la radio, et l'on prévoit encore de la pluie et un réchauffement. C'est pourquoi une femme seule avec enfant ne devrait pas se trouver sans raison valable sur les routes, dans des zones sombres et inhabitées, et encore moins au voisinage de ponts à voie unique, les routes étant souvent inondées.
vendredi 22 février 2013
Petite Poucette
Merci Maman pour cette bonne idée !
Quelques extraits :
"Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d'un collectif où se cotoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et moeurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter, en France, l'ignoble "sang impur" de quelque étranger ?"
"Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d'attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps de réponse aux questions à quinze, chiffres officiels; dont le mot le plus répété est "mort" et l'image la plus représentée celle de cadavres."
"Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970. Il ou elle n'a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n'habite plus le même espace. Né sous peridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs la même mort. N'ayant plus la mème tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement. Il ou elle écrit autrement. Pour l'observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire avec mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des sms avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de "dactylo"."
"Inventé par Saint Paul, au début de notre ère, l'individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu'à naguère, nous vivions d'appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, musulmans, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés ..., nous appartenions à des régions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, un parti, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.
Ceux qui restent s'effilochent.
L'individu ne sait plus vivre en couple, il divorce; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde; ne prie plus en paroisse. L'été dernier, nos footballeurs n'ont pas su faire équipe; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies : ce sont les appartenances qu'elles recrutaient qui s'évanouissent. (...) Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens."
"Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait."
"Face à ces mutations, sans doute convient-il d'inventer d'inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets noyés dans la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable aux constellations dont les astronomes nous apprennent qu'elles sont mortes depuis longtemps déjà."
mardi 19 février 2013
220 satoris mortels
220 satoris mortels : un livre qui serait l'envers de toute histoire. Pas de personnage identifiable, pas de narrateur, pas de récit linéaire. Et pourtant : des visages, des corps, des situations, des moments de crise, du désir, et même du suspens (que se passe-t-il au juste ? chance ou malchance ? dans quel sens tourne le vent ? comment cela va-t-il se finir ?). Des instants se succèdent qui sont autant de basculements dans l'espace indistinct qui se tient à l'arrière-plan de toute histoire.
Le genre de petites phrases qui vous trottent longtemps après dans la tête. Des illustrations dont on voudrait se saisir ... c'est tout l'effet produit par ce recueil que je garde près de mon chevet.
Merci Sylvie !
Succession de micro expériences verticales, moments de repos infini ou d'angoisse, collection d'instants charnières où le temps et l'espace semblent se jouer de nous.
220 bascules dans l'ordre des jours et le désordre des affects ;
220 pertes de soi pour une plus grande présence de tout ;
220 faux souvenirs, comme autant de trouées au travers de la perception familière ;
220 occasions d'ajouter d'autres vies à la sienne ;
220 opportunités de dénicher de nouvelles dimensions en germe dans le pathos terreux de la dépression ordinaire ;
220 façons de s'en sortir contre toute attente, quand il ne semble plus y avoir d'issue possible.
Succession de micro expériences verticales, moments de repos infini ou d'angoisse, collection d'instants charnières où le temps et l'espace semblent se jouer de nous.
220 bascules dans l'ordre des jours et le désordre des affects ;
220 pertes de soi pour une plus grande présence de tout ;
220 faux souvenirs, comme autant de trouées au travers de la perception familière ;
220 occasions d'ajouter d'autres vies à la sienne ;
220 opportunités de dénicher de nouvelles dimensions en germe dans le pathos terreux de la dépression ordinaire ;
220 façons de s'en sortir contre toute attente, quand il ne semble plus y avoir d'issue possible.
Pour cela le dessin (central) forme une clé au même titre que le texte (minimal). De l'un à l'autre, du dessin au texte et du texte au dessin, ce qui se joue est la possibilité de lier toujours différemment ce qui n'a initialement pas vocation à l'être. Et, partant, de délier certaines attaches où l'on se laisse si facilement attraper si l'on n'y prend garde.
vendredi 4 janvier 2013
Petits poèmes en rang par 3
Un bonheur de livre à lire tout seul ou à ceux qu'on aime. A découvrir, à retenir, à partager, à méditer ...
RV sur Mes clins d'oeil pour en savourer un petit bout chaque
mois ;-)
Voici des fragments de vie, juste 3 lignes comme des trèfles à 3 feuilles. Si tu veux toi aussi entrer dans le jeu, n'en lis que 3,
chaque soir, avant de t'endormir et le bonheur de Marc Baron
sera parfait. Adepte de la course à pied et de la brièveté, il a
écrit ces petits poèmes qui ne r manquent pas de souffle et te
trotteront dans la tête, entre tendresse et humour. Et, dans la
foulée, gardant le même rythme, Zaü est venu poser ses encres
et ses couleurs.
mardi 25 septembre 2012
S'engager ?
Le 15 avril 1946, a New York, à la fin d’une conférence, Michel Vinaver, aborde Albert Camus… Que lui a-t-il dit, pour poser les prémisses d’une collaboration littéraire et d’une amitié réelle ?
Ce séjour aux Etats-Unis représentait pour Camus une première forme de consécration internationale. Vinaver, jeune Français de dix-neuf ans, d’origine juive, refugié avec sa famille aux Etats-Unis depuis 1941, était étudiant à Wesleyan University, dans le Connecticut. Camus accepta de revoir Vinaver. Quand celui-ci lui dit qu’il préparait un mémoire sur l’humour dans La Colonie pénitentiaire de Kafka etL’Étranger, le contact s’établit vraiment.
S’engager ? L’enjeu tient dans le point d’interrogation. Camus et Vinaver ont tous les deux hésité, ils ont perçu quels écueils menaçaient la littérature engagée. « J’aime mieux les hommes engagés que les littératures engagées, écrivait Camus dans ses Carnets de l’automne 1946. Du courage dans sa vie et du talent dans ses œuvres, ce n’est pas si mal. » N’empêche qu’il a aussi pensé qu’écrire oblige.
S’engager ? L’enjeu tient dans le point d’interrogation. Camus et Vinaver ont tous les deux hésité, ils ont perçu quels écueils menaçaient la littérature engagée. « J’aime mieux les hommes engagés que les littératures engagées, écrivait Camus dans ses Carnets de l’automne 1946. Du courage dans sa vie et du talent dans ses œuvres, ce n’est pas si mal. » N’empêche qu’il a aussi pensé qu’écrire oblige.
Vinaver avait le désir farouche, en tant qu’homme et citoyen, de s’engager dans les combats sociaux et politiques de son temps (comme le prouve son engagement militaire, à 17 ans, dans l’Armée française de la Libération). Il reproche même à Camus de se montrer trop prudent, réaliste, ou défaitiste. Mais c’est sur le plan de l’écriture que Vinaver formule une idée tout-à-fait nouvelle et puissante : l’écrivain n’a pas à s’engager, il doit écrire au hasard, avec sincérité, et un effet se produira quand même, et peut-être plus sûrement encore. Un trop fort sentiment de responsabilité s’avère fatal à la créativité aussi bien qu’à l’efficacité des textes produits.
L’indifférence, l’engagement, l’objection… différentes attitudes vis-à-vis du réel, dont le sens et les tensions, par-delà les années, nous aident a penser et a affronter l’aujourd’hui.
L’indifférence, l’engagement, l’objection… différentes attitudes vis-à-vis du réel, dont le sens et les tensions, par-delà les années, nous aident a penser et a affronter l’aujourd’hui.
S'engager ? lundi 24 septembre à 19h
Lecture / rencontre autour de la correspondance d'Albert Camus et Michel Vinaver (L'Arche Editeur)
Lectures par Jacques Bonnaffé, Simon Chemama, Edward Greaves et Michel Vinaver.
Avec la participation de Lucien Attoun et Rudolf Rach.
Lecture / rencontre autour de la correspondance d'Albert Camus et Michel Vinaver (L'Arche Editeur)
Lectures par Jacques Bonnaffé, Simon Chemama, Edward Greaves et Michel Vinaver.
Avec la participation de Lucien Attoun et Rudolf Rach.
mardi 12 juin 2012
La fille de l'hiver
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| LIRE UN EXTRAIT |
Un conte pour adultes où réalité et fiction se confondent dans l'atmosphère neigeuse des hivers d'Alaska
L'histoire se déroule dans les années 1900. Mabel et Jack décident de quitter la Pennsylvanie pour le cadre « brut et austère » de l'Alaska afin de reconstruire leur vie.
Le couple souffre de ne pas avoir eu d'enfants et s'impose volontairement cette nouvelle existence en pensant que cela pourrait combler ce vide. Mais la précarité de leur nouvelle vie devient rapidement indéniable, avec un froid rendant les conditions de travail difficiles et le manque d'argent qui vient à se faire sentir.
Un soir, alors que les premières neiges tombent, le couple s'accorde une fantaisie, celle de construire un bonhomme de neige aux allures de petite fille. Ils l'ornent d'une écharpe et de moufles pour la rendre plus « réelle ». Le lendemain matin, les moufles et l'écharpe ont disparus au profit d'un tas de neige entouré de traces de pas enfantins. Sont-ils devenus fous comme le pensent les Benson, famille voisine du couple, ou bien la forme glacée a-t-elle pris vie ?
« Une fantasmagorie, quelque chose d'impossible, pourtant Mabel savait que c'était bel et bien réel : Jack et elle l'avaient façonnée avec de la neige, des branches de bouleau et des herbes congelées. La vérité l'emplissait d'un émerveillement mêlé de crainte. Non seulement la petite était un miracle, mais en plus, elle était leur création. »
Le temps passe, la routine et les non-dits du couple pèsent chaque jour davantage sur leur vie commune. Pourtant, il reste encore entre eux une sorte de tendresse amoureuse transcendante, qui laisse une grande place à l'espoir et aux chimères.
Le décors de l'Alaska, pays qui renferme de grands espaces naturels, permet une grande liberté de mouvement tant pour l'imaginaire du lecteur que pour les personnages. L'on erre aux côtés de ceux-ci, à la fois déstabilisé par l'histoire irréelle et charmé par le désir d'y croire, tant l'écriture appelle à l'authenticité.
Eowyn Ivey, après des études de journalisme, est devenue libraire. Elle vit en Alaska et, pour son premier roman, La fille de l'hiver, s'inspire de contes russes, ainsi que de ses expériences de vie et du cadre que lui offre son pays de résidence.
La puissance de ce conte est qu'il réveille une imagination enfouie dans les tréfonds de nos sociétés trop industrialisées, prouvant que le rêve se retrouve dans les prémices de l'humanité. C'est une pleine sensation de dépaysement que de lire ce livre, imprégné de poésie, pour un grand moment de littérature.
dimanche 29 août 2010
jeudi 9 avril 2009
Perte et fracas
Doug a vingt-neuf ans et il est veuf. Sa défunte femme, Hailey, est morte dans un accident d'avion il y a deux ans. Depuis, Doug se noie dans l'auto-apitoiement comme dans le Jack Daniel's, et a pour seules activités le lancer de canettes de bière sur les lapins qui envahissent sa pelouse et la rédaction d'une chronique hebdomadaire " Comment parler à un veuf ". Nul doute qu'il se consacrerait à plein-temps à cette douleur si sa sœur despotique, son beau-fils en mal d'attention et son père sénile ne venaient le sortir de sa léthargie. Et que dire de sa voisine qui s'obstine à lui susurrer des mots cochons à l'oreille... Qu'il le veuille ou non, plus question de se couper des autres. Mais pour Doug, ce retour à la vie ne se fera pas sans perte et fracas.
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| **** - découverte d'un auteur (Merci Sandra ;-) |
Doug a vingt-neuf ans et il est veuf. Sa défunte femme, Hailey, est morte dans un accident d'avion il y a deux ans. Depuis, Doug se noie dans l'auto-apitoiement comme dans le Jack Daniel's, et a pour seules activités le lancer de canettes de bière sur les lapins qui envahissent sa pelouse et la rédaction d'une chronique hebdomadaire " Comment parler à un veuf ". Nul doute qu'il se consacrerait à plein-temps à cette douleur si sa sœur despotique, son beau-fils en mal d'attention et son père sénile ne venaient le sortir de sa léthargie. Et que dire de sa voisine qui s'obstine à lui susurrer des mots cochons à l'oreille... Qu'il le veuille ou non, plus question de se couper des autres. Mais pour Doug, ce retour à la vie ne se fera pas sans perte et fracas.
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